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P. Le Puits du Serment Le Texte

Le Puits du Serment

 

La référence au « puits » et à « la pluie de fécondité » me fait penser au passage du puits du serment, le puits d’Agar dans la Bible.[ LE PENTATEUQUE, LA GÉNESE, Traduction Grand-Rabbin Zadoc Kahn]

 

Je me suis replongée dans les versets cités de La Génèse dans la BIBLE : 

(La Genèse - Chapitre 16 - בראשית (mechon-mamre.org) )

וַיָּבֹא אֶל-הָגָר, וַתַּהַר; וַתֵּרֶא כִּי הָרָתָה, וַתֵּקַל גְּבִרְתָּהּ בְּעֵינֶיהָ.

 

16. 4 Il s'approcha d'Agar, et elle conçut. Quand elle vit qu'elle avait conçu, sa maîtresse devint l'objet de son dédain.

וַיֹּאמֶר אַבְרָם אֶל-שָׂרַי, הִנֵּה שִׁפְחָתֵךְ בְּיָדֵךְ--עֲשִׂי-לָהּ, הַטּוֹב בְּעֵינָיִךְ; וַתְּעַנֶּהָ שָׂרַי, וַתִּבְרַח מִפָּנֶיהָ

16.6 Abram dit à Sarai: "Voici, ton esclave est dans ta main*, fais-lui ce que bon te semble." Sarai l’humilia, et elle s’enfuit de devant elle. (de devant ses yeux*)

 וַיִּמְצָאָהּ מַלְאַךְ יְהוָה, עַל-עֵין הַמַּיִם--בַּמִּדְבָּרעַל-הָעַיִן, בְּדֶרֶךְ שׁוּר

16.7 Et elle trouva un Ange du Seigneur, près d’une source, dans le désert: près d’une source, sur le chemin de Chour.

וַיֹּאמַר, הָגָר שִׁפְחַת שָׂרַי אֵי-מִזֶּה בָאת--וְאָנָה תֵלֵכִי; וַתֹּאמֶר--מִפְּנֵי שָׂרַי גְּבִרְתִּי, אָנֹכִי בֹּרַחַת

16.8 Il dit: "Agar, esclave de Saraï, d'où viens-tu, et où veux-tu aller?" Elle répondit: "Je fuis de devant Saraï, ma maîtresse."

וַיֹּאמֶר לָהּ מַלְאַךְ יְהוָה, שׁוּבִי אֶל-גְּבִרְתֵּךְ, וְהִתְעַנִּי, תַּחַת יָדֶיהָ

16.9 L'envoyé du Seigneur lui dit: "Retourne chez ta maîtresse, et humilie-toi sous sa main.*"

 וַיֹּאמֶר לָהּ מַלְאַךְ יְהוָה, הַרְבָּה אַרְבֶּה אֶת-זַרְעֵךְ, וְלֹא יִסָּפֵר, מֵרֹב

 

16.10 L'envoyé du Seigneur ajouta: "Je rendrai ta race très nombreuse, tellement qu'elle ne pourra être comptée."

וַיֹּאמֶר לָהּ מַלְאַךְ יְהוָה, הִנָּךְ הָרָה וְיֹלַדְתְּ בֵּן, וְקָרָאת שְׁמוֹ יִשְׁמָעֵאל, כִּי-שָׁמַע יְהוָה אֶל-עָנְיֵךְ

 

16.11 L'envoyé du Seigneur lui dit encore: "Te voici enceinte, et près d'enfanter un fils; tu énonceras son nom Ismaël*, parce que Dieu a entendu ton affliction.

וְהוּא יִהְיֶה, פֶּרֶא אָדָם--יָדוֹ בַכֹּל, וְיַד כֹּל בּוֹ; וְעַל-פְּנֵי כָל-אֶחָיו, יִשְׁכֹּן

16.12 Celui-ci sera un onagre parmi les hommes: sa main* sera contre tous, et la main de tous*contre lui; mais il se maintiendra à la face de tous ses frères.*"

וַתִּקְרָא שֵׁם-יְהוָה הַדֹּבֵר אֵלֶיהָ, אַתָּה אֵל רֳאִיכִּי אָמְרָה, הֲגַם הֲלֹם רָאִיתִי--אַחֲרֵי רֹאִי

 

16.13 Et elle proclama ainsi le nom de l'Éternel qui lui avait parlé: "Tu es un Dieu visible*! car dit-elle, n'ai-je pas vu*, ici même la trace* du Dieu qui me voit*?"

עַל-כֵּן קָרָא לַבְּאֵר, בְּאֵר לַחַי רֹאִי--הִנֵּה בֵין-קָדֵשׁ, וּבֵין בָּרֶד

 

16.14 C'est pourquoi on appela cette source "la source du Vivant-qui-me-voit*"; elle se trouve entre Cadès et Béred.

 

Commentaire sur les Thèmes :

Le Thème de la main :

 

1/ La main : symbole de pouvoir.

(16.6) « Abram dit à Sarai: "Voici, ton esclave est dans ta main* ». Que l’on pourrait traduite par :

« Elle est en ton pouvoir, choisis, fais-en ce qu’il te plaît... »

 

(16.9) « "Retourne chez ta maîtresse, et humilie-toi sous sa main.*" :

«  Remets-toi en son pouvoir. » L’Ange rappelle à Agar son statut de servante. Cependant il lui annonce les faveurs que Dieu lui accorde :

(16.10) « "Je rendrai ta race très nombreuse »

 

2/ La main : symbole de force

(16.12) « sa main* sera contre tous, et la main de tous* contre lui »

Des forces contraires qui s’affrontent… Une promesse :  « mais il se maintiendra à la face de tous ses frères."

Ici, il n’y a plus la « main de pouvoir », mais le regard, « devant la face », de tous ses « frères ».

 


Le thème du « Visible » et du « Vivant »

 

   Le regard semble être lié à la reconnaissance de l’existence de l’être aux yeux des autres :

(16.4) «  Quand elle vit qu'elle avait conçu »

   Ici, le regard d’Agar est sans doute chargé de fierté et d’orgueil. Une jeune esclave qui peut porter l’enfant du maître. On imagine aussi l’envie, la jalousie éprouvée par Saraï (qui pourtant avait envoyé sa servante à son époux dans le but de lui assurer une lignée), et la décision qu’elle prend d’humilier à son tour sa servante qui s’enfuit.

(16.6) « elle s’enfuit de devant elle. (de devant ses yeux*)».

Agar ne peut supporter le regard de Saraï et s’échappe.

 

(16.13) « Tu es un Dieu Visible*! car dit-elle, n'ai-je pas vu*, ici même la trace* du Dieu qui me voit*?"

   Si l’on s’arrête sur le mot :  "רֳאִי", isolément il veut dire aussi « miroir » dont le mot « trace » de la traduction pourrait être entendu par « reflet »… !

« le Dieu qui me voit » souligne l’importance de ce constat : Dieu regarde Agar. Et ce regard est pour elle reconnaissance de son existence. L’Ange est venu jusqu’à elle ; c’est donc qu’elle est importante à ses yeux.

 

Le Thème du Nom proclamé

 

(16.8) « "Agar, esclave de Saraï,... »

   L’Ange nomme Agar, il la reconnaît et prononce son nom. On sait combien le nom exprimé est réputé important dans la Bible.

Dans toutes les civilisations, la proclamation du nom à la naissance d’un enfant accompagne son accueil à la Vie, au sein d’une famille et devant le peuple (proches, voisins, autres membres de la communauté).

   La précision du lien qui unit Agar à Saraï, placée en apposition, marque le rappel du statut de l’esclave par rapport à sa maîtresse, et la reconnaissance de l’existence de celle-ci.

   Aujourd’hui on a du mal à accepter ces dépendances de soumission de l’époque. Car nul être humain ne doit être esclave d’un autre être humain. Et encore moins être l’objet d’une tractation ou d’une cession d'un être humain sous le pouvoir d’un autre être humain qui se déclarerait "son maître ». Mais cette évocation de servitude resitue le contexte de l'époque dans laquelle la scène s'inscrit.

   D’ailleurs, Agar confirme la relation qu’elle a vis à vis de Saraï, qu’elle appelle « sa maîtresse ».

 

(16.11) : « "Te voici enceinte, et près d'enfanter un fils; tu énonceras son nom Ismaël* ». Sur l’injonction de l’Ange, Agar devra retourner vers celle qu'elle admet être sa « maîtresse ».

   Nous retrouvons la proclamation du nom « Ismaël », nom donné par Dieu Lui-même. Ce nom qu’Abram proclamera à son arrivée.

    La Parole, portée par la Voix, est aussi importante que le Nom :

« car Dieu a entendu ton affliction. » C’est un rappel de l’importance accordée par Dieu aux émotions et à la souffrance d’Agar.

***

 

« Le puits du serment »

Commentaires (suite)

 

Le thème de la parole, semble souligné dans la traduction, avec une nuance d’offense et de rejet qui provoque la fuite:

(16.6) « Sarai l’humilia… et elle s’enfuit »

תְּעַנֶּהָ : signifie « répondre »

 

  • Quand au thème du « regard » il se décline au coeur d’une progression d’expressions adverbiales qui le font évoluer de l’extérieur vers l’intérieur  :

(de- ( Agar s’enfuit loin des yeux de Sarai) ; sous (elle revient sous les yeux de sa maîtresse (avec humilité) ; dans ( la demande d’Abram à Sarai d’accueillir à nouveau Agar : « le bon dans tes yeux »( reflet de la bonté magnanime du coeur).

 

Nous retrouvons le balancement de l’expression « d’viens-tu… vas-tu… ? » dans la question de l’Ange de l’Eternel formulée à Agar. Question qui suscite plus qu’une réponse informative car elle doit la conduire à une réflexion.

 

L’Ange aurait pu lui demander :

« As-tu réfléchi à ta situation ? Tu te retrouves seule, mais tu n’es plus seule: tu es enceinte d’un fils, d’un être vivant. Tu as une responsabilité sormais : tu portes sa Vie ; de qui doit-il dépendre pour vivre et grandir ? ; or, qui es-tu vraiment ? De qui dépends-tu toi-même pour vivre ? De ton maître, son père et de sa femme ta maîtresse… Alors, retourne vers eux. C’est ton devoir. »

En somme, les questions qu’aurait pu se poser Agar lorsque, épuisée par sa fuite, elle s’est arrêtée auprès d’une source pour se reposer. L’Ange du Seigneur n’est-il pas l’écho de sa conscience ?

 

  • La notion d’élévation du regard (qui serait introduite par l’expression « au-dessus de ») est indirectement suggérée par le conseil de l’Ange à Agar.

Il l’invite à élever son regard sur sa véritable situation, utiliser la Raison pour faire un choix juste et réfléchi, dont dépend sa vie mais celle aussi de l’avenir de l’enfant qu’elle porte.

 

***

 

La Parole de l’Ange ne nous est-elle pas soumise également à notre réflexion. Une parole qu’il nous faut méditer. Des questions qu’il nous faut nous poser :

« D’où viens-tu… ? Où vas-tu ? Es-tu seul dans cette vie ? De qui dépends-tu ? Qui dépend de toi ? As-tu des réactions et un comportement en harmonie avec les lois de Dieu notre père ? Es-tu en harmonie avec les autres hommes tes frères ?"

   Et lorsqu’on lève notre regard vers le Seigneur pour Le prier dans notre affliction, sommes-nous dignes d’être entendus comme l’a été Agar ?

 

 

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